Les mises à jour de sécurité se repoussent volontiers : une fenêtre s’affiche, le redémarrage attendra. Les hackers, eux, guettent chaque correctif publié. Parmi les 94 TPE-PME interrogées ayant subi un incident de sécurité, 18 % citent une faille non corrigée parmi les causes. Voici pourquoi ce geste protège autant et comment l’intégrer simplement au quotidien.
L’essentiel en bref :
- L’exploitation d’une vulnérabilité est le premier point d’entrée des cybercriminels : 31 % des violations de données analysées entre novembre 2024 et octobre 2025, contre 20 % dans l’édition précédente.
- Une fois la mise à jour de sécurité publiée, la faille devient documentée et demande moins de compétences pour être exploitée : plus l’installation est rapide, moins les cybercriminels ont de temps pour s’en servir.
- Un repère simple : installer les mises à jour de sécurité dans le mois qui suit leur publication, en traitant d’abord les failles les plus graves sur les équipements les plus importants.
- Activer les mises à jour automatiques là où c’est possible allège le quotidien.
- Quand un fabricant arrête les mises à jour de sécurité d’un logiciel ou d’un équipement, mieux vaut préparer son remplacement. Dans l’attente, l’isoler sur un réseau séparé limite les conséquences d’une éventuelle faille.
- Le Parcours Apprenants de Pix Pro évalue les compétences de chaque collaborateur, puis l’accompagne dans sa montée en compétences sur la sécurité informatique.
Pourquoi les mises à jour de sécurité comptent-elles parmi les mesures de protection les plus rentables ?
Une mise à jour de sécurité est une nouvelle version d’un logiciel ou d’un système qui embarque un ou plusieurs correctifs de sécurité, c’est-à-dire des modifications du code qui referment une faille de sécurité identifiée. Un incident a toujours un coût. Quelques minutes d’installation suffisent à refermer une faille : peu d’effort pour une protection immédiate.
Une mise à jour de sécurité referme une faille déjà identifiée
L’exploitation d’une vulnérabilité informatique est le premier point d’entrée des cybercriminels : 31 % des violations de données analysées entre novembre 2024 et octobre 2025, contre 20 % dans l’édition précédente du rapport. Cybermalveillance.gouv.fr place, dans son mémento de cybersécurité à l’attention des dirigeants de TPE-PME, les mises à jour manquantes parmi les causes les plus fréquentes de piratage d’un serveur accessible à distance.
Certaines failles sont exploitées avant que l’éditeur publie une mise à jour : ce sont les failles zero-days, ou failles du jour zéro. D’après le Panorama de la cybermenace 2025 de l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI), environ 29 % des vulnérabilités exploitées en 2025 l’auraient été le jour même de leur publication ou avant. Les autres l’ont été après leur publication.
À retenir : lorsqu’un éditeur publie une mise à jour de sécurité, la faille corrigée est identifiée. L’installer rapidement referme cette porte d’entrée avant que les cybercriminels l’exploitent.
Une faille documentée devient une cible potentielle
Selon le Panorama, deux éléments aident les cybercriminels, même moins expérimentés, une fois la mise à jour publiée : la comparaison entre l’ancienne et la nouvelle version du logiciel, et les publications techniques sur la faille.
Dans les jours qui suivent une alerte de sécurité, l’ANSSI observe une forte baisse du nombre de systèmes vulnérables accessibles depuis l’extérieur de l’entreprise. Plus de 6 200 systèmes en France restaient pourtant vulnérables fin 2025 aux principales failles exploitées depuis 2023 et 2024.
À retenir : plus une faille est documentée, moins elle demande de compétences. Appliquer ses mises à jour de façon systématique aide à anticiper cette menace.
Une mise à jour de sécurité installée rapidement peut limiter le coût d’une attaque
Chaque jour qui sépare la publication d’une mise à jour de sécurité de son installation prolonge l’exposition à la faille, et avec elle le risque d’un incident coûteux.
WannaCry en donne une illustration. Ce rançongiciel (programme qui bloque des données contre rançon), lancé le 12 mai 2017, a touché le système de santé public anglais (NHS). L’agence numérique du NHS avait émis dès mars et avril 2017 des alertes critiques invitant à installer les mises à jour de sécurité, soit plusieurs semaines avant l’attaque. Malgré cela, au moins 81 des 236 trusts hospitaliers (établissements de santé publics) ont été touchés, et toutes les organisations infectées utilisaient des systèmes Windows en attente de mises à jour ou en fin de support.
Le ministère britannique de la Santé estime le coût direct à environ 92 M£ : 20 M£ pendant l’attaque et 72 M£ pour rétablir ensuite les données et les systèmes, avec plus de 19 000 rendez-vous annulés. Une bonne gestion des pare-feu aurait elle aussi protégé ces organisations : les mises à jour sont une barrière parmi d’autres.
À retenir : plus le délai d’application des mises à jour de sécurité s’allonge, plus il profite aux pirates informatiques.
Deux exemples où les hackers ont exploité des failles de sécurité
Huit ans séparent NotPetya, en 2017, et un incident traité par l’ANSSI en 2025. Dans les deux cas, des cybercriminels ont exploité une faille déjà connue.
Cas réel n° 1 : NotPetya et Saint-Gobain (2017)
Le 27 juin 2017, la cyberattaque NotPetya a frappé de grandes entreprises mondiales, à l'image du groupe français Saint-Gobain. Sous l'apparence d'un rançongiciel classique, NotPetya était en réalité un logiciel malveillant hautement destructeur (wiper) conçu pour saboter les systèmes plutôt que pour extorquer de l'argent. Au lieu de simplement bloquer l'accès, il chiffrait définitivement les données et détruisait le système de démarrage des ordinateurs sous Windows. L'infection a débuté par le piratage d'un logiciel comptable ukrainien avant de se propager massivement au sein des réseaux d'entreprises. Pour cela, il exploitait notamment la faille de sécurité Windows MS17-010 (déjà popularisée par WannaCry), ciblant les parcs informatiques qui n'avaient pas appliqué la mise à jour publiée par Microsoft le 14 mars 2017.
Saint-Gobain a évalué à 80 M€ l’impact de cette cyberattaque sur son résultat d’exploitation 2017. L’état de mise à jour des systèmes de Saint-Gobain relève d’une information interne à l’entreprise. Ce cas montre l’ampleur des dégâts d’une attaque qui s’appuie, entre autres, sur une faille corrigée depuis plusieurs mois.
Cas réel n° 2 : un pare-feu Fortinet compromis en 2025
En 2025, l’ANSSI a traité un incident au cours duquel des attaquants ont utilisé une faille connue publiquement depuis plusieurs mois, référencée CVE-2024-55591, pour mener une attaque d’envergure contre une organisation française. Cette faille permettait de contourner l’identification demandée pour accéder à la console d’administration d’un pare-feu, équipement de bordure placé entre le réseau de l’entreprise et Internet, de la marque Fortinet (fabricant d’équipements de sécurité), et d’obtenir des droits étendus. Devenus administrateurs de l’équipement, les cybercriminels ont restreint les droits des administrateurs légitimes, privant l’organisation de l’accès à son propre pare-feu.
L’ANSSI cite ce cas pour montrer que des cybercriminels utilisent aussi des vulnérabilités plus anciennes, restées ouvertes. Installer les mises à jour dès leur publication réduit ce risque.
Comment mettre en place une politique de patch management simple ?
Le patch management, ou gestion des correctifs de sécurité en entreprise, désigne l’organisation des mises à jour : les repérer, les tester, les installer. Une politique de gestion des correctifs tient sur une page, et l’automatisation en allège le quotidien.
Activer les mises à jour de sécurité automatiques là où c’est possible
Systèmes d’exploitation, navigateurs, suites bureautiques et smartphones proposent des mises à jour de sécurité automatiques. Pour une mise à jour manuelle, les paramètres de l’appareil et le site de l’éditeur restent la voie officielle. Une fois activées, les mises à jour automatiques s’installent d’elles-mêmes : c’est une tâche de moins à planifier et un délai plus court pendant lequel la faille reste ouverte.
Inventorier ce qui doit être mis à jour, puis prioriser
La supervision du parc informatique, première étape de la gestion des vulnérabilités, commence par un inventaire des équipements : postes de travail, serveurs, imprimantes, objets connectés. Pour chacun, notez s’il est accessible depuis Internet et s’il compte pour l’activité. Deux critères aident ensuite à choisir l’ordre : la gravité de la vulnérabilité, mesurée par le score CVSS (Common Vulnerability Scoring System, une note standardisée), et l’importance de l’équipement concerné. Ainsi, une faille grave, sur un équipement important, passe en tête de liste.
Tester, sauvegarder, puis fixer un calendrier et des responsables
Avant un changement important, sauvegardez vos données et testez l’installation sur un poste d’essai, hors des heures d’activité. Le guide d’hygiène informatique de l’ANSSI retient un repère : appliquer les mises à jour de sécurité dans le mois qui suit leur publication par l’éditeur. Un rendez-vous fixe chaque mois donne le rythme : l’équipe y passe en revue les mises à jour publiées et décide de leur installation.
Chaque niveau de priorité reçoit un délai et un responsable nommé : la direction des systèmes d’information (DSI) apporte l’expertise, la direction arbitre. Chacun sait ainsi quoi installer, quand et sous quelle responsabilité. Ce cadre documenté peut aussi contribuer aux mesures appropriées de l’article 32 du RGPD, que détaille l’article Règles RGPD et cybersécurité : quelles sont vos obligations ?
Vérifier, tracer, accompagner les équipes
Après l’installation, contrôlez le résultat et gardez une trace : date, version, responsable. Ce contrôle a son importance : dans un incident traité par l’ANSSI, un attaquant avait corrigé lui-même les failles qu’il venait d’exploiter, si bien que les équipements apparaissaient à jour lors des scans internes. Un suivi minutieux de chaque installation reste donc utile.
Les équipes complètent le dispositif : elles installent les mises à jour planifiées et reconnaissent les fausses mises à jour, ces alertes qui imitent un message d’éditeur. Pix Pro les accompagne avec le Parcours Apprenant Cybersécurité : évaluation des compétences numériques, puis modules de micro-learning adaptés au niveau de chaque collaborateur. Deux parcours le composent :
- “Connaître les menaces et s’en protéger” aide à reconnaître l’hameçonnage, le faux support informatique et les principales attaques par logiciels malveillants.
- “Sécuriser ses comptes sur les services en ligne” prolonge la démarche avec les mots de passe, le gestionnaire de mots de passe et la double authentification.


